21.02.13
Paris.
beau.
sur le Causse j’ai finalement pas mal écrit : environ 80 feuillets, mais pas complètement là où je l’attendais, puisque ce ne fut quasi exclusivement que dans le journal . cela sans compter les relectures, qui sont d’un autre ordre.
presque étonnant d’être en soi si vite passé d’un univers à l’autre, sans période de réadaptation… peut-être que, par le fait d’être seul, on a plus le loisirs, la possibilité de penser au retour, de savoir que l’on rentre dans 5, 4, 3 jours, de s’y préparer…
moins ici dans l’observation attentive de toute chose, petits faits, petits bruits… c’est que je suis ici probablement plus dans l’action, et qu’il n’y a pas ce silence de fond, qui amène à écouter autant.
qu’est-ce qui s’est passé là-bas ? je ne sais pas bien. peut-être le saurai-je mieux, plus, lorsque j’attaquerai la relecture des pages du journal de la cabane d’hiver pour le projet d’édition papier que l’on m’a proposé…
ne pas parvenir à se taire, c’est peut-être ça écrire.
collecter tout. babiller toujours. dire et nommer, maniaquement. au contraire du silence des bêtes.
22.02.13
Paris.
le voyage décante peu à peu… le rythme plus lent, plus posé pour être exact, que j’avais là-bas… ici vite emporté dans des vitesses supérieurs, pour tout faire… mais peu de temps pour moi, libre, ces jours-ci, pour regarder, penser, laisser faire cette décantation…
ceci dit, ces rythmes ce sont essentiellement ceux que l’on a en soi-même, que l’on crée, s’impose en soi-même. ce sont les rythmes d’une personnalité, sans doute bien plus qu’imposés par les faits extérieurs.
23.02.13
Paris.
gris, froid.
à ne pas faire grand chose, mais au calme.
à continuer de lire le journal de Bergounioux et c’est amusant d’y retrouver parfois des amis, mais là ce sont certains qui sont déjà passés à la maison, et qui plus est avec qui il passe du temps sur une partie des Causses que je connais particulièrement bien pour y avoir travaillé, et d’où je reviens.
qui plus est, et c’est assez étonnant, et je le découvre que maintenant, il en parle dans les exacts mêmes termes que j’ai pu utiliser : il voit, lui aussi, les Causses comme un vaste memento mori… coïncidence.
24.02.13
Paris.
quelques flocons, très rares, dispersés. certaines des feuilles des tulipes et narcisses ploient sans raison apparente.
à retravailler la partie du journal sur le Causse : cabane d’hiver, pour son édition, à part, en livre papier. relire, unifier, poser dans l’espace ainsi le texte avec, déjà, un léger recul, et ce n’est plus une écriture « à chaud » mais passer d’une écriture dans le temps de sa réalisation, qui contenait alors déjà dans le temps-même de son émergence les perspectives des lignes, des bords, du volume, de l’espace narratif d’un objet se modelant mais sans en avoir la vue générale, « détourée », à la réalisation d’un objet autonome, en soi, « détaché ».
mais je peine : je n’arrive à revoir qu’un chapitre par jour, et c’est truffé de fautes, de redites. c’est que c’était une version « work in progress » même si je m’étais attaché à relire, corriger, modifier au mieux. c’est la période du travail ingrate, laborieuse, ennuyeuse où il faut se cravacher pour se tenir à l’ouvrage.
ceci dit les redites, les répétitions sont la marque d’une réalité, et aussi celle du temps, de son tempo de base, appuyé, réitéré, lancinant.
ce qui reste 5, 6 jours après ce voyage, qui semble si loin déjà, c’est le silence. c’est l’écoute.
ce que j’étais allé chercher. ça tombe bien.
et toujours aussi curieux de voir que tout le reste s’efface si vite, la quantité des petits faits quotidiens, des petits ressentis quotidiens, déjà, perdus, alors que sur place, au moment de les vivre, ils étaient si prégnants, et constituaient même ce que l’on sent, ce qui passe dans notre chair des jours.
les objets que l’on touchait avec la peau, qui concrètement parfois nous heurtait, nous blessait, nous caressait, que notre rétine avait concrètement « sous les yeux », les situations que l’on éprouvait, disparaissent déjà dans le brouillard, dans les strates sédimentaires du cerveau, de la mémoire, constituant une nappe, vague, de la souvenance, étymologiquement qui « vient sous », une couche recouverte par les autres faits, actuels, ceux vécus, surgis dans le vivace actuel. comme disait Schrödinger, et je le répète ici, « le présent est la seule chose qui n’ait pas de fin », qui ait une constante de l’actualité. le passé lui passe, s’efface, trépasse, a traversé (c’est son étymologie). mais me reste donc cette sensation, cette expérience de l’écoute, centrale.
mais elle peut se pratiquer partout. il n’y a pas que le silence à écouter.
l’écoute c’est l’attention. une tentative, une tension, une aspiration vers une attention, pleine, ouverte, sans limite, sans dualité, sans différenciation, sans le filtre des images à priori que nous avons de tout.
de ce passé, l’écriture en garde certes une trace, mais une seule, parcellaire, choisie, sélectionnée, travaillée, et qui donc ne correspond qu’en très peu au présent de la sensation vécue. mais cela aussi sera oublié.
25.02.13
Paris.
bruine.
à faire des dossiers, et corriger cabane d’hiver.
les jours rallongent.
26.02.13
Paris.
soleil timide.
troisième journée à retravailler cabane d’hiver. et du mal à me mettre à autre chose tant que ça ne sera pas fini.
la journée passe en coup de vent. 19 h et pas eu l’impression qu’elle ait défilé, à peine à se souvenir ce que j’ai fait le matin.
27.02.13
Paris.
gris, humide, mais relativement doux.
juste cette bizarre impression de bosser toute la journée et de ne pas savoir vraiment ce que l’on a fait. peut-être est-ce dû au fait que j’ouvre des chantiers, des projets, et n’en referme aucun ?
je reçois de nombreux messages concernant mon journal, et en particulier ces dernières semaines au sujet de celui sur le Causse cabane d’hiver. il y a quelque chose qui parle donc là aux autres. je ne sais pas exactement quoi (probablement la tendance du propos à une portée générale, une universalité qui nous concerne tous), pourtant je perçois bien la teneur du ton et la nature du lieu, de la source, la « qualité » du terrain d’où vient le propos lorsqu’il fonctionne à peu près, et porte, alors même qu’il ne fait que tenter, et cherche sans certitude.
ai opéré une sélection de photos pour le livre sur le Causse, après avoir remanié, corrigé le texte. longues séances, travail pénible, une fois l’écriture faite, d’ainsi finaliser, fignoler, relire, revoir…
02.03.13
Paris.
temps gris clair.
couché à 5 h 30 du matin, levé à 9 h.
de mon séjour sur le Causse, dans la yourte, me reste le silence. l’écoute. essentiellement.
le reste disparaît peu à peu.
24.03.13
Paris.
ce que me laisse la cabane un gros mois après être rentré : une sensation d’avoir habité le temps. pour un moment. et de là en particulier la qualité de l’écoute. les autres souvenirs, ceux des faits (le froid, la neige, le seul, couper du bois, batailler, les longues marches…), restent, leur goût puissant subsiste, mais leurs présences s’estompent, ils perdent en prégnance, en importance de sens comparés au rapport au temps, à l’écoute, découverts, vécus là-bas…
25.03.13
Paris.
hâte de pouvoir publier ces livres en parole claire que je souhaite, et dont cabane d’hiver est peut-être l’un des premiers.
31.03.13
Paris.
soirée à écrire et à travailler la maquette de cabane d’hiver.
11.04.13
Paris.
à commencer à penser à ce que peut être une lecture publique de cabane d’hiver, accompagnée d’une improvisation musicale : quelque chose de calme, sobre, épurée, avec beaucoup de silence derrière les mots.
30.05.13
Paris.
toujours temps gris, pluvieux et frais. le ciel est si sombre qu’il fait presque nuit à 14 h.
il pleut, il pleut, le téléphone ne sonne pas une seule fois, je suis seul à la maison, tout est calme, tout juste au bord de l’ennui que l’on frise sans y rentrer, presque l’impression d’être dans la yourte de cet hiver, écouter la pluie tomber, dehors.
alors je fais du travail d’écrivain toute l’après-midi : relecture et affinages de la maquette de cabane d’hiver qui doit sortir en septembre, avant envoi à l’imprimeur.
ouvrir la fenêtre pour mieux écouter la pluie, mais elle se calme un peu, les oiseaux alors se remettent à chanter après l’averse.